Lettre ouverte à Jean-François Roberge, Ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur; Jean Boulet,  Ministre de l’Emploi, du Travail et de la Solidarité sociale et à Danielle McCann, Ministre de la Santé et des Services sociaux; à Sophie Lebel, Ministre responsable de la Condition féminine,

Le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (RGF-CN) et le Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (REPAC 03-12) appuient la lutte menée par les étudiantes pour faire reconnaitre le travail qu’elles effectuent lors de leurs stages. De plus, les regroupements appellent les membres de la société et les organisations à se positionner en faveur de la rémunération des stages et à participer aux actions du Comité unitaire pour le travail étudiant de Québec (CUTE-Québec), notamment à la manifestation prévue le 9 février prochain à 13 h devant l’Assemblée nationale.

Considérant que la majorité des stages dans les secteurs des soins et de l’éducation – des professions à prédominance féminine – ne sont pas rémunérés et que les mesures de soutien de l’État sont insuffisantes pour assurer la sécurité économique des étudiantes, nous jugeons que le statu quo constitue une forme de discrimination systémique envers les femmes. Nous en appelons au gouvernement de mettre fin au sexisme institutionnel qu’est la non-rémunération des stages.

La non-rémunération des stages a des conséquences non négligeables sur la sécurité économique des étudiantes, leur conciliation famille-travail-études et leur santé. Non seulement les étudiantes réalisent-elles un stage qui occupe tout leur temps et qui ne leur permet que très rarement – et au prix de leur santé – de travailler à temps partiel, mais n’oublions pas qu’elles paient pour travailler (frais de scolarité). En effet, les appuis financiers aux stages prennent la forme de rares bourses pour des programmes spécifiques (psychologie et éducation) et, évidemment, de l’aide financière aux études qui contribue à l’endettement des étudiantes.

L’endettement des femmes est particulièrement problématique compte tenu des écarts salariaux persistants entre les femmes et les hommes.  De plus, une  fois sur le marché du travail, elles retrouvent la même injustice, car les secteurs d’emploi à prédominance féminine sont  généralement moins bien rémunérés que les secteurs à prédominance masculine. « Ce système perpétue une image traditionnelle de la femme qui s’occupe des soins et des enfants, sans rémunération, et qui le voit comme une vocation» (FFQ, 2018).

La rémunération des stages est un jalon important de l’atteinte de l’égalité de fait pour laquelle s’est engagé le gouvernement dans sa dernière Stratégie gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes vers 2021 : celui de reconnaître le travail de soin et d’éducation à sa juste valeur.

Pour toutes ces raisons, une réflexion de fond s’impose sur les conditions de réalisation des stages et, plus largement, sur la démocratisation des études qui rencontre, encore aujourd’hui, des écueils, particulièrement pour les femmes. Nous demandons au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, au ministère, du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, ainsi qu’au ministère de la Santé et des services sociaux de s’engager ensemble à instaurer un système de rémunération des stages.

Nancy Beauseigle,

Directrice générale du RGF-CN

Anne-Valérie Lemieux-Breton,

Coordonnatrice au volet luttes sociales au REPAC03-12

Pour informations :

RGF-CN / 418-522-8854 / www.rgfcn.org

REPAC 03-12/ 418-523-4158 / www.repac.org