Prise de parole de la Maison des Femmes de Québec pour l’action du 09 décembre 2019 pour l’environnement

 

Bonjour à toutes et à tous,

 


Vous vous doutez sans doute que nous ne sommes pas là pour parler des désastres environnementaux que causent l’exploitation des ressources énergétiques non-renouvelables, ou encore pour dénoncer que les produits de l’exploitation pétrolière n’échappent pas à l’évasion fiscale, même si cette dernière est grandement financée par des fonds publics. Nous sommes ici pour vous parler des répercussions vécues par les femmes et les enfants de l’aveuglement volontaire des hauts dirigeants sur leur mode de gestion de l’environnement.

 


Leur appât du gain au dépend de la protection des écosystèmes et des populations, l’accroissement de la production en concomitance avec le culte du prêt-à-jeter, les territoires à perte de vue de monocultures engorgées de pesticides; tout ça a de graves conséquences sur la santé physique et psychologique des femmes et des enfants et ce, partout sur la planète. Tout ça nous éloigne de l’égalité des genres, car l’écart entre ceux qui auraient réellement le pouvoir de changer les choses et CELLES qui subissent directement les répercussions, sans voix ni levier, ne fait que s’agrandir.

 


Pour ces raisons, à la Maison des Femmes de Québec, nous considérons que l’inaction gouvernementale sur les impacts climatiques du système capitaliste, de même que le statut quo sur la gestion et la distribution des ressources représentent une forme de violence envers les femmes.

 


La crise climatique touche particulièrement les femmes et les personnes racisées. Celles-ci sont souvent plus nombreuses à vivre dans la pauvreté et la précarité. Les logements mal isolés et mal entretenus, l’augmentation des prix de la nourriture ainsi que le fait de devoir vivre dans des quartiers où le vert se fait rare, augmentent les risques de subir les impacts des dérèglements climatiques.

 

Comme l’écrit Kristi Duncan (2008) : « Les personnes susceptibles de souffrir le plus des conséquences d’une catastrophe naturelle sont les femmes vivant dans la pauvreté, les femmes victimes de violence conjugale et celles dont l’accès aux ressources est limité ». (Le Réseau, 2008. Vol.10, Num.2 : Un dossier chaud : La santé des femmes et les changements climatiques)

 


Même si nous sommes privilégié∙e∙s d’habiter un pays développé, nous ne sommes pas à l’abri des dérèglements climatiques. Les femmes subissent généralement un stress mental plus élevé que les hommes pendant et après un phénomène météorologique extrême, car elles sont souvent les principales dispensatrices de soins. Ces moments-là se caractérisent également par un accroissement de la violence envers les femmes. L’ONU nous rappelle que les femmes, principales victimes des nombreuses inégalités, sont 14 fois plus à risque de mourir lors des catastrophes naturelles. (ONU Femmes, 2019. «ODD13 : Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions »)

 


Ce serait d’endosser l’oppression colonialiste que d’omettre de parler de l’apport des femmes autochtones dans cette lutte environnementale. Ces pionnières dans la préservation de l’environnement subissent depuis des générations les conséquences des changements climatiques en plus d’être invisibilisées dans leurs revendications. En toute sororité, reconnaissons leurs savoirs et expériences et unissons nous dans cette lutte.

 


Nous aimerions aussi parler d’une autre affaire qui s’ajoute à la longue liste de nos charges mentales; la charge environnementale. Ça, c’est toute la culpabilité et le sentiment de responsabilité d’être la parfaite écolo, au risque de souffrir d’écoanxiété, et ce même si notre budget ne nous permet pas d’acheter bio ou local. Ça, c’est quelque chose qu’on vit à tous les jours comme mère, comme travailleuse, comme militante, comme femme... Même si on commence à peine à parler du lien entre le genre et les luttes aux changements climatiques, plusieurs études ont démontré que ce sont les femmes qui se préoccupent davantage des actions individuelles qu’elles peuvent faire au quotidien pour limiter l’impact de leur style de vie sur l’environnement. Cela signifie que ce sont essentiellement nous qui avons le fardeau des petits, mais nombreux gestes concrets, alors que ce sont encore majoritairement les hommes qui sont à la tête des organisations décisionnelles et ce, même si ces dernières se disent écologistes et en défaveur du système actuel.

 


Pour illustrer ce point, au Canada, ce sont 90% des femmes qui considèrent les changements climatiques comme un problème sérieux, contre 77% des hommes et on compte 81% des canadiennes qui estiment que des changements majeurs aux habitudes de vie sont nécessaires pour contrer ce problème, contre 66% de canadiens (Pew Research, 2005; dans La Presse, 2019 : « Écoféminisme : les femmes à la défense de l’environnement »)

 


Et malgré toute la pression et l’énergie qu’on met à se verdir la conscience, c’est encore nous, les femmes, qui sommes victimes d’attaques sexistes lorsqu’on tente de prendre notre place dans les luttes environnementales.

 


Avant de conclure, nous tenons à remettre sur la table certaines recommandations que la Dr. Annie Rochette, Sophie Gramme et Florence Lavigue Le Buis, en partenariat avec le Réseau des femmes en environnement (UQAM, 2012) ont présentées dans leur recherche portant sur « l’intégration du genre dans la lutte aux changements climatiques au Québec »:

 

• Créer des alliances entre les groupes de femmes, les groupes environnementaux et les peuples autochtones dans la lutte québécoise aux changements climatiques;


• Encourager la participation des femmes dans la prise de décisions à tous les niveaux (municipal, régional, provincial, fédéral et dans les délégations aux négociations internationales), notamment en leur offrant un soutien;


• Stimuler la recherche féministe sur l’intégration du genre dans les changements climatiques;
Et finalement :


• Faire des pressions pour que la Loi sur le développement durable soit modifiée afin d’y inclure spécifiquement l’égalité entre les femmes et les hommes.


C’est donc en s’inspirant de ces recommandations que nous poursuivrons la lutte aux changements climatiques avec les femmes de partout dans le monde, car ensemble, prenons notre voix, prenons la rue, prenons le pouvoir!