Vingt ans après le lancement de la Marche Mondiale des Femmes, nous appelons les femmes en mouvement partout dans le monde à se joindre à notre 5ème Action Internationale, du 8 mars au 17 octobre 2020.

 


Ancrées dans notre expérience féministe de lutte et de rébellion, nous faisons face à l’escalade autoritaire et réactionnaire du capital : nous résistons pour vivre ! À partir de nos pratiques, de nos utopies et de nos espoirs, nous marchons pour transformer !

 


Nous résistons à la destruction de la vie par le capital. Nous sommes confrontées au pouvoir des sociétés transnationales, agents directs du capital, alliées des élites des États, qui avancent sur les territoires, monopolisent, contrôlent et privatisent la terre, transforment la nature en marchandise et contaminent l’eau, la nourriture et nos corps. Nous résistons aux traités de commerce et d’investissement qui remodèlent la législation pour préserver l’impunité du pouvoir des entreprises et démanteler les droits des travailleurs et travailleuses et les droits sociaux. Nous résistons à la financiarisation et à la précarisation de la vie, en misant sur le renforcement de l’économie réelle. Nous marchons pour transformer les formes d’organisation du travail qui produisent la vie, avec égalité, droits et dignité.

 


Nous résistons à la violence contre les femmes dans toutes ses dimensions patriarcales, racistes et colonialistes ; à l’agression et au pillage des territoires, des corps et des communautés, à la traite des êtres humains, à l’exploitation sexuelle et au féminicide. Nous résistons à l’alliance du conservatisme —religieux ou non— avec le néolibéralisme, qui guide les politiques de la droite partout dans le monde. Nous résistons à l’imposition et à l’exaltation de la maternité comme seule destinée des femmes, renforçant un modèle familial hétéro-patriarcal basé sur la dissimulation de notre travail domestique et de soins qui soutient la vie, dans un système qui nous prend pour des marchandises. Nous résistons à la persécution des sexualités dissidentes et à la criminalisation de l’avortement. Nous marchons pour notre autonomie et notre liberté, qui ne peuvent être obtenues qu’avec la justice sociale.

 


Nous résistons au capitalisme patriarcal et raciste qui impose des frontières et des murs, attaque d’importants contingents de personnes, les expulse de leurs territoires et, en même temps, leur refuse les droits fondamentaux au logement, à la circulation, à l’alimentation et à la manifestation, tout en favorisant des guerres de toutes sortes. Nous résistons à la guerre, à la militarisation et aux armées transnationales, outils de terreur, de viol et d’assassinat systématiques des peuples et des militants. Nous résistons au nationalisme raciste en construisant la souveraineté et l’intégration des peuples. Nous marchons pour la paix en alliance avec les mouvements sociaux pour construire la solidarité internationaliste nécessaire à cette période de résistance. Seule notre action commune peut arrêter les attaques du capital contre la vie !

 


Nous marchons pour transformer nos vies et changer le monde ! Nous proposons et construisons d’autres façons d’organiser l’économie, situant la durabilité de la vie au centre. A partir de nos pratiques, nous construisons une agroécologie féministe, articulée avec les luttes pour la justice climatique et la souveraineté alimentaire. Nous marchons pour transformer l’organisation du pouvoir, en construisant d’en bas la remise en cause des hiérarchies et des autoritarismes des États au service des élites. Nous misons sur la construction d’une communication contre-hégémonique et populaire, sur des technologies libres et sûres, qui puissent faire face au contrôle, à la manipulation et à la surveillance du capital et de ses entreprises. Nous marchons pour démanteler le pouvoir patriarcal, pour élargir le sens public de l’État, pour des démocraties populaires dans lesquelles l’égalité est un principe et une réalité.

 


Nous marchons contre le racisme, pour une société sans murs et pour l’autodétermination des peuples, en construisant au quotidien un féminisme internationaliste, populaire et militant. Nous continuons à apprendre, avec les peuples indigènes et noires, à penser et à sentir le monde qui soutient la vie en communauté et cultive la joie de la résistance.

 


Nous marchons avec nos corps, nos voix, nos rythmes et notre créativité, en subvertissant les impositions néolibérales sur nos subjectivités et nos modes de vie. À partir de la lutte et de notre commun, nous pouvons construire des relations de liberté et d’égalité.

 


Cette 5ème Action Internationale marque les 20 ans d’existence de la Marche Mondiale des Femmes, un mouvement féministe anticapitaliste, antiraciste et anticolonialiste, autogéré depuis la base par des femmes du monde entier. Nous réaffirmons les valeurs d’égalité, liberté, justice, paix et solidarité, piliers de la société que nous nous efforçons de construire. Nous renforçons notre engagement à aller de l’avant ensemble jusqu’à ce que nous soyons toutes libres.

 


En temps d’autoritarisme raciste et patriarcal, nous transformons notre indignation en lutte, convaincues que l’expansion de notre autogestion permanente est la stratégie avec laquelle nous trouverons des réponses et des moyens pour mettre fin au capitalisme et transformer la société en une société qui place la vie au centre.

 


Nous résistons pour vivre, nous marchons pour nous transformer !

Février 2020